Accueil › La soie en Ardèche › Le cycle du ver à soie

Le ver à soie n'est pas un ver, mais la chenille d'un papillon de nuit, le bombyx du mûrier. Son cycle de vie, de l'œuf minuscule au papillon blanc incapable de voler, ne dure que quelques semaines. C'est pourtant pendant ce court laps de temps que se forme le fil de soie. Comprendre ce cycle, c'est comprendre le calendrier qui rythmait, chaque printemps, la vie des familles de l'Ardèche et des Cévennes.
Le bombyx du mûrier (Bombyx mori) est élevé par l'homme depuis plusieurs millénaires. La sélection a produit un insecte qui dépend totalement de l'éleveur : la chenille ne cherche pas à fuir, et le papillon adulte ne vole pas et ne se nourrit pas. Comme tous les papillons, il connaît une métamorphose complète en quatre stades : œuf, larve (la chenille), nymphe (la chrysalide) et adulte (le papillon).
Les œufs du ver à soie sont minuscules, à peine plus gros qu'une tête d'épingle. Les éleveurs les appelaient la graine, et l'on achetait la graine au poids ou à l'once. Pondus en été, ils passent l'hiver en dormance. Au printemps, quand les mûriers commencent à feuiller, on les met à incuber dans une pièce chaude. Autrefois, les femmes les gardaient parfois dans un petit sachet sur elles, pour leur apporter une chaleur douce et régulière. L'éclosion intervient au bout d'une dizaine de jours environ.
À la naissance, la chenille mesure quelques millimètres et est presque noire. Elle se met immédiatement à manger des feuilles de mûrier, hachées finement les premiers jours. Sa croissance est fulgurante : en un mois environ, elle multiplie son poids des milliers de fois et atteint sept à huit centimètres.
Pour grandir, la chenille doit changer de peau. Elle connaît quatre mues, qui découpent sa vie en cinq âges. Avant chaque mue, elle cesse de manger et reste immobile, la tête dressée : les éleveurs disaient qu'elle « dort ». Le dernier âge est le plus exigeant : les vers consomment alors l'essentiel de la feuille de toute la saison, et il faut les nourrir jour et nuit.
Au terme de sa croissance, la chenille cesse de manger, devient légèrement translucide et cherche un support : c'est la montée. Les éleveurs lui offrent des rameaux de bruyère ou de genêt disposés sur les claies de la magnanerie.
Le ver produit alors la soie grâce à deux glandes séricigènes. Le fil sort par une ouverture située sous la tête, la filière. Il est formé de deux filaments d'une protéine, la fibroïne, enrobés d'une sorte de gomme, la séricine. En se balançant la tête en huit, le ver s'enroule dans un fil unique et continu pendant deux à trois jours. Le cocon obtenu, de la taille d'une grosse cacahuète, est blanc ou jaune selon les races.
À l'intérieur du cocon, la chenille se transforme en chrysalide, une forme immobile brun-rouge. Pendant deux à trois semaines, ses organes se réorganisent entièrement pour former le papillon. C'est à ce stade que la plupart des cocons sont récoltés : il faut en effet empêcher le papillon de sortir.
Pour s'échapper, le papillon sécrète un liquide qui dissout la séricine et écarte les fils, ce qui rend le cocon impropre au dévidage. C'est pourquoi, sauf pour les cocons réservés à la reproduction, on procède à l'étouffage : la chaleur ou la vapeur tue la chrysalide et préserve le fil intact.
Les papillons conservés pour la reproduction sont blancs, trapus, avec des ailes qui ne leur permettent pas de voler. Ils ne s'alimentent pas. Après l'accouplement, chaque femelle pond plusieurs centaines d'œufs, puis meurt au bout de quelques jours. Ces œufs constitueront la graine de l'année suivante.
Les dates variaient selon l'altitude et le climat de l'année. Une seule éducation par an était la règle dans la plupart des exploitations.
Le ver à soie est sensible à plusieurs maladies. La plus célèbre, la pébrine, a dévasté les élevages français au milieu du XIXe siècle, avant que Louis Pasteur ne mette au point une méthode de sélection des œufs sains. D'autres affections, comme la flacherie ou la muscardine, pouvaient aussi anéantir une chambrée entière. Cette histoire est détaillée dans notre dossier sur la sériciculture.
Une fois récoltés, les cocons partaient vers les filatures, où on les dévidait dans l'eau chaude pour obtenir la soie grège. Ce fil passait ensuite par le moulinage, l'opération de torsion qui a fait la réputation des vallées ardéchoises.
Le cycle complet dure environ deux mois en élevage : une dizaine de jours d'incubation, environ un mois de croissance de la chenille, deux à trois semaines de métamorphose dans le cocon, puis quelques jours de vie pour le papillon adulte.
Le ver à soie du mûrier se nourrit presque exclusivement de feuilles de mûrier, de préférence de mûrier blanc. Il les consomme en quantités considérables, surtout pendant les derniers jours avant le filage du cocon.
Un cocon est formé d'un fil continu dont la longueur atteint couramment plusieurs centaines de mètres et peut dépasser un kilomètre. Seule une partie de ce fil est dévidable en filature.
Non. Le bombyx du mûrier, domestiqué depuis des millénaires, ne vole pas et ne se nourrit pas. Le papillon vit quelques jours, juste le temps de s'accoupler et, pour la femelle, de pondre plusieurs centaines d'œufs.