Accueil › La soie en Ardèche › Le moulinage de la soie

Entre le cocon du ver à soie et l'étoffe qui sort du métier à tisser, le fil de soie passe par plusieurs étapes. Le moulinage est l'une des plus discrètes et des plus décisives : c'est lui qui transforme un fil fragile en un fil solide, régulier et adapté à l'usage qu'on veut en faire. Pendant plus de deux siècles, cette activité a fait vivre les vallées de l'Ardèche. Voici ce qu'est le moulinage de la soie, comment il se déroule et pourquoi il a tant marqué le paysage ardéchois.
Le moulinage est l'opération qui consiste à tordre un ou plusieurs fils de soie et à les assembler pour leur donner de la résistance, de l'élasticité et la tenue voulue. On parle aussi d'« ouvraison » de la soie, et l'on dit que la soie est « ouvrée » après moulinage. Le mot vient des moulins, c'est-à-dire des machines tournantes utilisées pour cette torsion. Par extension, le terme désigne aussi l'usine elle-même : on dit « un moulinage » comme on dit « une filature ».
La production de la soie suit une chaîne d'opérations bien distinctes :
Le moulinage occupe donc une place charnière : il fait le lien entre les campagnes productrices de cocons et les grands centres de tissage.
Dans un moulinage traditionnel, la soie grège arrive sous forme d'écheveaux appelés flottes. Elle passe ensuite par une succession d'opérations, avec des variantes selon les usines et les époques :
Le moulinage ne produit pas un fil unique. Le nombre de brins, le sens et l'intensité de la torsion varient selon l'usage :
La torsion mécanique de la soie est ancienne. En Italie, à partir de la fin du Moyen Âge, Lucques puis Bologne développent de grands moulins circulaires, mus par l'eau, capables d'entraîner des centaines de fuseaux. Les techniques italiennes sont longtemps restées jalousement gardées.
En France, l'ingénieur grenoblois Jacques de Vaucanson, nommé inspecteur des manufactures de soie en 1741, cherche à améliorer et à normaliser ces machines. Il conçoit un moulin à organsiner perfectionné, dont plusieurs exemplaires équipent une manufacture royale près d'Aubenas, en Ardèche. Au XIXe siècle, les moulins rectilignes, en longues rangées de fuseaux, se généralisent, entraînés par des roues hydrauliques puis par des turbines et, plus tard, par l'électricité.
Si les machines tournaient grâce à l'eau, le moulinage reposait sur une main-d'œuvre nombreuse, presque exclusivement féminine. Il fallait surveiller des centaines de fuseaux, rattacher les fils cassés, changer les bobines et nettoyer les machines. Les ouvrières étaient souvent de très jeunes filles venues des fermes de la montagne, logées sur place dans des dortoirs pendant la semaine. Les journées étaient longues et la discipline stricte. Cette histoire sociale est au cœur de la mémoire des moulinages de l'Ardèche.
À partir du milieu du XXe siècle, la soie naturelle recule devant la rayonne puis le nylon et le polyester. De nombreux moulinages ardéchois se reconvertissent dans la torsion et la texturation des fils synthétiques, en conservant leur savoir-faire de la torsion. La concurrence internationale entraîne ensuite la fermeture de la plupart des usines à la fin du XXe siècle. Les bâtiments, souvent imposants, ont été reconvertis en logements, ateliers ou lieux culturels, et quelques sites ont été préservés pour transmettre cette mémoire, comme l'écomusée du moulinage de Chirols.
Le moulinage est l'opération textile qui consiste à tordre et assembler les fils de soie grège sortis de la filature pour leur donner la solidité et l'élasticité nécessaires au tissage. Par extension, on appelle aussi moulinage l'usine où l'on pratique cette opération.
La filature dévide les cocons dans l'eau chaude et réunit plusieurs brins pour former un fil continu, la soie grège. Le moulinage intervient ensuite : il tord ce fil, l'assemble avec d'autres et le prépare pour le tissage ou la bonneterie.
L'organsin est un fil de soie destiné à la chaîne des tissus. Chaque brin est d'abord tordu dans un sens, puis deux ou plusieurs brins sont assemblés et retordus en sens inverse. Il est très résistant, car la chaîne supporte de fortes tensions sur le métier à tisser.
Les moulins à soie étaient actionnés par la force de l'eau. Une roue, puis une turbine, entraînait par des arbres et des courroies des centaines de fuseaux. Les vallées de l'Ardèche, aux rivières nombreuses et rapides, s'y prêtaient particulièrement.